Selon le psychiatre et thérapeute de couple Robert Neuburger, un couple ne tient pas seulement par les sentiments, mais surtout par ce qu’il construit ensemble et par la manière dont il gère ses limites. Voici une synthèse claire de sa vision et quelques questions que nous vous conseillons de vous poser, seul puis en couple, pour renforcer votre couple.
Ce que le couple met en commun
Pour Neuburger, un couple se construit autour d’un “espace commun” : le “nous” du couple, avec
- un territoire partagé (une vie quotidienne, des habitudes, des projets)
- une histoire commune (souvenirs, étapes, épreuves)
- des valeurs ou croyances partagées (explicites ou implicites)
- une intimité partagée. Chacun donne une part de son intimité personnelle.
« Une part » signifie que nous y mettons des limites…
Ce “nous” donne un sentiment d’appartenance : “nous formons une unité distincte des autres”. « Distincte » signifie là aussi que nous mettons des limites sur l’apport du monde extérieur à notre couple.
Mettre en commun permet de stabiliser la relation, de créer de la sécurité, de construire de la continuité dans le temps. Sans cela, le couple reste fragile ou superficiel.
« Donner de soi » et les limites au sein du couple
Robert Neuburger rappelle que l’intime du couple est fait de ce qui est donné pour être « mis en commun dans le couple. Cela dépend de plusieurs facteurs dont :

o les expériences passées,
o l’importance des loyautés dues aux familles d’origine,
o l’adhésion aux normes socialement et familialement transmises,
o la puissance du lien amoureux.
Donner trop de soi au couple comporte un risque évident de trahison, donner trop peu entraîne un risque de rejet par l’autre. (…)
« Que signifie donner de soi : c’est le fait de partager avec l’autre des domaines ou des parties de domaines qui étaient précédemment exclusivement du ressort de chacun : son corps, son espace, ses pensées. Dès le début du couple se met en place une forme de négociation amoureuse sur ce qui est mis en commun et qui va constituer l’espace privé du couple et ce que chacun pourra garder comme espace personnel. Ce don d’intimité personnelle concerne plusieurs domaines :
– Le domaine d’intimité physique
- la maison : quelle est la place des espaces communs par rapport aux espaces individuels? Par exemple, la salle de bains, est-elle un espace commun ou personnel?
- le corps et ses prolongements : rapports « intimes », accès à certaines parties du corps accepté ou refusé, accès à la nudité, caresses, corps offert, corps refusé, la toilette, les vêtements ; droit de regard sur la nourriture, les boissons alcooliques ou les sodas, la cigarette, les excrétions
- les possessions communes et/ou personnelles, voiture, ordinateur…, argent (partagé, commun, personnel, etc.)
- le temps (qui en donne le plus au couple ?)
– Le domaine d’intimité psychique : ce qui doit se dire et ce qui ne doit surtout pas se dire
- sur un plan affectif : déclarations, compliments, critiques…,
- sur un plan informatif : ce que chacun fait, a fait, va faire,
- sur les croyances de chacun : idées politiques, religieuses, goûts en matière de loisir, d’art,
- sur le passé de chacun
– Le domaine des compétences : en acquérir certaines et renoncer à l’usage d’autres :
- apprendre à participer aux tâches ménagères, cuisine, linge,
- accepter que l’autre ait un droit de regard même limité sur les investissements professionnels, financiers, sur les loisirs… »
Chez certains couples, la limite est très poreuse, l’espace commun est trop important ; chez d’autres, la limite peut devenir trop dense et la sphère conjugale commune très réduite. Ces deux extrêmes peuvent être à la source de tensions.

Questions- Réflexion :
1) Faites le points de vos différents domaines d’intimité mentionnés en rouge ci-dessus.
2) Comment jugez-vous l’aspect qualitatif et quantitatif du domaine d’intimité mis en commun ?
Gestion des limites entre le couple et le monde extérieur
« Ici il sera question de la limite ou membrane semi-perméable qui sépare le couple dans son ensemble du monde extérieur. Elle est faite également d’éléments physiques et psychiques. (…) »

Il y a parfois une trop grande perméabilité avec le monde l’extérieur : Les problèmes peuvent advenir dans un sens ou dans l’autre. Du dedans vers le dehors, et ce qui sort du couple peut s’avérer problématique :
- Du dedans vers le dehors, c’est-à-dire trop d’ouverture vers l’extérieur : trop d’activités tournées presque exclusivement vers l’extérieur, trop de sorties avec les enfants ou avec les amis et pas assez pour le couple seul,
- Du dehors vers le dedans, c’est-à-dire trop d’ouverture à l’intrusion, trop de présence de tiers dans leur couple, trop de porosités par rapport aux avis, jugements, conseils émanant de proches, d’amis, d’instances religieuses, des médias, du Net, voire de professionnels, thérapeutes, conseillers conjugaux, tous porteurs de normes étrangères au couple. (…)
« Mais d’autres intrusions peuvent avoir l’effet inverse, celui de transformer le couple en forteresse pour lutter contre l’élément allogène. La limite du couple va, dans ce cas, se transformer en frontière, c’est-à-dire en murs qui séparent, divisent, enferment. » (…)

Questions- Réflexion :
Sur 10, pouvez-vous noter :
1) la part que votre conjoint.e et vous-même estimez être réservée au couple
2) celle que vous estimez devoir rester ouverte au monde?
Y a-t-il eu des changements récents à cet égard ?
Le bon équilibre
L’enjeu est de trouver une tension juste entre les deux pôles de notre couple : mettre en commun et maintenir des limites.
Ce qui complique cet équilibre est que le couple est un système vivant : il évolue avec le temps ; ses limites doivent être ajustées ; son “commun” doit être régulièrement nourri. Les questions ci-dessus sont donc à se poser et à discuter dès que l’un ou l’autre en sent le besoin.

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