D’après Pascal Janne, Christine Reynaert, Catherine Lamy-Bergot
Dans cet article, trois professionnels de la thérapie conjugale et familiale explorent les différentes strates d’intimité qui construisent un lien conjugal épanouissant.
Pour les auteurs de l’article, l’intimité serait la «capacité de développer des liens étroits et affectifs avec quelqu’un. (…). Par opposition, l’intime suppose un état ou une situation qui n’a pas de caractère public ».
Voici les différentes strates d’intimité conjugale que ces professionnels conseillent aux couples d’être attentif :
🧠 1. Intimité intellectuelle
« La prime intimité dans un couple est l’intimité intellectuelle, à savoir la mesure avec laquelle les deux membres d’un couple vont s’échanger des informations sur base desquelles le dialogue s’effectuera tant en quantité qu’en qualité. »
💞 2. Intimité émotionnelle
« Par « intimité émotionnelle », nous entendons la compétence qu’ont l’un et l’autre des deux partenaires, d’une part à capter les émotions de l’autre (anxiété, tristesse, joie, préoccupations,…), mais aussi et surtout à gérer les émotions de l’autre (ne pas prendre la fuite quand le partenaire est confronté à des émotions négatives, etc.). »
🤝 3. Intimité sociale générale
« La strate suivante de l’intimité que nous proposons pourrait s’appeler « intimité sociale » générale, à savoir la compétence qu’a le couple à se positionner en tant que couple face à des tiers sociaux (non-familiaux) tout en restant en couple » [priorité du couple sur les amis, les collègues, les associés dans une ASBL, les militants avec lesquels nous sommes engagés…etc.]
👨👩👧👦 4. Intimité conjugo-familiale
« Par là, nous désignons deux processus totalement différents désignant la qualité de l’intimité du couple face en premier lieu aux sollicitations des enfants (solidarité conjugale primant sur recherche d’amour de l’un ou de l’autre des enfants) et l’autre concernant la solidarité du couple face aux éventuelles perturbations issues des familles d’origine. »
💶 5. Intimité financière
« (…) en amont des conflits relationnels, [peut s’instaurer] un vécu d’iniquité sur le plan financier ». Exemple : les couples établissent « un compte commun sur lequel indépendamment des disproportions de salaire, il est bien entendu demandé à chacun des partenaires de mettre la même somme ». Autre exemple : L’un des deux conjoints soutient l’autre dans un cycle de formation ou d’études. Un sentiment de dette peut-être vécu par l’un ou par l’autre.
L’intimité financière concerne aussi la concertation avant certaines dépenses.
🎨 6. Intimité esthétique
« Par intimité esthétique, nous entendons la réalisation par le couple d’activités à but non lucratif orientées sur des sources de plaisir diverses comme le sont par exemple la photographie, la musique, le théâtre, les promenades, le jardinage pour autant que celui-ci ne soit pas utilitaire, la gastronomie, l’œnologie, etc. »
🕊️ 7. Intimité spirituelle
« Ce type d’intimité ne désigne pas nécessairement uniquement le fait de croire, de pratiquer un culte, mais aussi et surtout le fait de partager des valeurs, des espérances communes alentour d’axes, qu’ils soient de croyance, de philosophie ou même simplement de nature agnostique ou métaphysique. »
🔭 8. Intimité prospective
« Lorsque vous roulez avec les petits phares (projets maximaux à quelques mois), vous courez le risque de basculer dans le fossé d’un tournant. Si par contre vous ne roulez qu’avec vos grands phares (projets « fumeux » à long terme) sans actionner vos petits phares, vous courez le risque de vous heurter à un sanglier. »
« Une écrasante majorité de couples se contentent d’un vécu « hic et nunc », tristement déterminé par les contingences synchroniques, sans baliser leur futur à court, moyen et long terme (axe diachronique) et surtout sans se concerter l’un l’autre à ce sujet. »
« Il est donc paradoxalement souvent nécessaire pour les deux partenaires, comme le prône un site genevois consacré à la famille [http://www.familles-ge.ch], de réapprendre à «faire connaissance», 30 ou 35 ans après, de s’investir dans de nouveaux rôles. »
🐻 9. Intimité corporelle non sexuelle dite « tendresse » ou « câlins »
« (…) habituellement, pour l’homme, le câlin est considéré comme un préliminaire sexuel ou tout au moins à une invite, alors que pour sa partenaire, le plus souvent il s’agit simplement d’un besoin de tendresse. Sur base de ce malentendu classique, nous observons régulièrement la « disparition du bébé avec l’eau du bain ». Tout se passe en effet comme si, par peur de se voir entraîner d’office dans une relation sexuelle, la femme en vient même à endiguer le fonctionnement des gestes tendres à l’intérieur du couple, parce qu’elle pressent que ces gestes sont orientés par son partenaire masculin uniquement à des fins sexuelles. »
🔥 10. Intimité sexuelle
« L’intimité sexuelle et la satisfaction sexuelle sont souvent les premières à être altérées lorsque le vécu d’une certaine iniquité se fait chez l’un ou l’autre des deux partenaires. »
💡 En résumé…
« In fine, le souci régulier – au sein du couple – de procéder à des discussions concernant l’évolution de chacune des strates précédemment mentionnées reste le meilleur garant de la santé de la relation. Un couple qui ne procède à aucune évaluation concertée, à aucune méta-communication, court, outre les risques classiques d’usure et de détérioration relationnelle, celui de voir survenir des malentendus subtils, progressifs et dangereux. »
Ci-dessous un outil pour vous aider à évaluer les différents niveaux de votre intimité conjugale et à dialoguer en toute authenticité à partir de vos réponses.

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