Qu’est-ce qu’aimer?

Éros, storgê, philia et agapè, 4 termes grecs pour définir l’amour.

Pour décrire la neige et la glace, il vaut mieux parler le lapon qui dispose d’une douzaine de mots, mais pour décrire l’amour, le grec ancien est incomparable! Ces quatre mots “Éros, storgê, philia et agapè” n’indiquent pas une différence dans la force ou l’intensité ou le degré, mais une différence dans le caractère ou le domaine de l’amour.

Storgê (στοργή) : l’affection familiale, l’amour filial ou fraternel

Storgê, c’est « l’amour qui est hérité », qui implique les liens du sang.

Storgê n’est pas choisi, mais il peut être si fort qu’il pousse au don total de soi.

Dans la Bible, l’amour « storgê » explique par exemple, pourquoi une mère ne peut pas rester insensible aux pleurs de son enfant ou une femme ne peut oublier son nourrisson, le fruit de son ventre (voir Isaie 49, 15). Nous avons un autre exemple remarquable dans l’amour que Marie et Marthe éprouvaient pour leur frère, Lazare. Il leur était très cher, et elles pleurèrent beaucoup sa mort soudaine (voir Jean 11, 1-44).

Cette nature de l’amour des liens de sang est très forte (la loyauté des enfants aux parents biologiques est très prégnante), mais a besoin d’être clairement différenciée de l’amour conjugal. C’est pourquoi nous tenions à le mentionner ici.

Éros (ἔρως) : l’amour physique, le plaisir corporel, le désir.

Éros « l’amour qui prend », aimer est alors désirer ce qui manque.

Bien que ce mot ne figure pas dans la Bible, l’idée y est clairement évoquée, par exemple dans les paroles enflammées du Cantique des Cantiques (chapitre 4, par exemple).

Éros désir. Cesser de désirer, c’est cesser de vivre.  L’Éros exprime le désir d’assouvir un manque et la recherche de plaisir. Satisfaire un manque c’est reconnaître que je ne suis pas tout et que j’ai besoin de l’autre.

Éros, c’est aussi se réjouir. Dans l’expression « se réjouir » il y a un côté convivial.

Philia (φιλία) : l’amitié, l’amour bienveillant, la relation d’estime mutuelle.

Philia, c’est « l’amour qui partage, autrement dit qui reçoit et qui donne »

Philia, c’est se réjouir ensemble, c’est la convivialité de la joie partagée, c’est la chaleureuse amitié née d’une estime mutuelle

Philia est un sentiment fort qui pousse à la solidarité.

Philia traduit dans la Bible l’amour fraternel entre chrétiens ou personnes qui ont mêmes centres d’intérêt (Romains 12, 10). C’est aussi par exemple l’affection qui unissait Ruth et Naomi. Ruth, était veuve, mais cela ne l’a pas empêchée de développer une réelle amitié avec sa belle-mère Naomi jusqu’à la suivre dans son pays (voir le livre de Ruth). Ou encore le terme utilisé en Jean 20, 2 pour désigner l’affection que Jésus avait pour Jean.

Philia est réciproque ou n’est pas. On ne peut aimer durablement en amour-philia sans être aimé : pour que cet amour dure, il faut, à terme, que chacun y trouve son compte.

Agapè (ἀγάπη) : l’amour désintéressé, divin, universel, don de soi inconditionnel.

Agapè « l’amour qui donne » sans rien attendre en retour.

Agapè, c’est l’amour qui donne sans contrepartie, si ce n’est le plaisir de donner ou de se donner.          
Agapè qui donne est à l’opposé d’Éros qui prend et qui reçoit.      
Agapè n’attend rien pour soi. Agapè n’a pas d’amour propre (cet amour de soi sous le regard de l’autre).       
Agapè est pur amour universel dans lequel le moi tend à se dissoudre. Par définition même, en Agapè, on peut aimer sans être aimé. 

C’est cet amour qui a poussé le Christ à donner sa vie en sacrifice pour l’humanité. Dieu aime parce qu’Il est amour, et Son amour est indépendant des mérites de son objet. L’hymne à la charité (I Corinthiens 13, 4-8) résume merveilleusement les caractéristiques de l’amour. Ainsi cet amour est plus grand que la foi, et se trouve être le plus grand attribut qui caractérise le Créateur. C’est le terme utilisé en 1 Jean 4, versets 8 et 16, quand il est dit que ‘Dieu est amour’.

Si Agapè apparaît au nom des « grands sentiments » comme étant la plus noble façon d’aimer, en pratique, au jour le jour, Agapè est bel et bien la forme d’amour la plus difficile à atteindre. Les conjoints l’espèrent et, s’ils le choisissent comme but, plus ils s’en approchent, plus ils sont à l’image de Dieu.

Ainsi, dans une relation entre un homme et une femme, lorsque l’éros se conjugue à la philia, les amants ne sont pas loin de l’agapè et peuvent espérer développer avec sérénité la storgê.

Hervé-Léonard MARIE

Quelques pistes de réflexion à faire à deux

  • Pouvez-vous dans votre couple donner quelques exemples des dimensions Éros, Philia et Agapè ?
  • En quoi comprendre ces 3 aspects de l’amour conjugal peut-il vous aider ?

Article rédigé par la Pastorale Couples & Famille du Brabant wallon


Bibliographie pour cet article:

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